Lyon-Turin : un tunnel à 10 milliards d’euros et d’un coût global de 21,6 milliards d’euros . Est-ce bien raisonnable ?

lyon-turinCommuniqué de presse

Paris, le 22 décembre 2016

L’Assemblée nationale a examiné ce jeudi 22 décembre 2016 en procédure simplifiée le projet de loi autorisant l’approbation de l’accord pour l’engagement des travaux définitifs de la section transfrontalière de la nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin.

Alors que les avis rendus par de grandes instances comme le Conseil d’Etat, la Cour des comptes sont pour le moins sceptiques (et parfois défavorables) quant à l’utilité et/ou la rentabilité du projet de liaison ferrée Lyon-Turin, le Gouvernement et la majorité parlementaire n’ont malheureusement pas tenu compte de ces mises en gardes. La Cour des comptes dans une étude établie en février 2011 pour la société Lyon-Turin Ferroviaire sur le projet préliminaire modifié, établit que « la valeur actualisée nette économique est négative dans tous les scénarios envisagés» ; la rentabilité du projet n’est donc pas possible.

Le projet de loi adopté vise à engager définitivement les travaux. Au total ce sont donc 21,6 milliards qui devront être engagé selon la Cour des comptes. Cet investissement qui va être en grande partie supporté par le contribuable est-il le plus pertinent alors que les finances de la SNCF et de l’Etat sont en déficit chronique ? Ne serait-il pas mieux utilisé à rénover les lignes de chemin de fer qui sont pour certaines très sérieusement dégradées (circulation limitée à 30 km/h parfois) ou au doublement de certaines voies et à leur électrification.

Michèle Bonneton a déclaré : « Les milliards dépensés dans le Lyon-Turin ne le seront pas pour assurer la sécurité de l’ensemble du réseau, sa maintenance et sa modernisation qui devraient être la priorité ».

Elle a ajouté : « Ce projet est un projet tourné vers le passé, à l’époque où les études prévoyaient une augmentation du trafic considérable entre la France et l’Italie ». Toutes les prévisions se sont révélées erronées. Non seulement le trafic n’a pas augmenté dans les proportions annoncées, mais il a diminué avant même la crise de 2008.

Il ne faut pas non plus oublier que ce projet n’a toujours pas de financement établi : « Il a été demandé aux parlementaires de voter pour un projet dont il est à ce jour impossible de savoir comment il sera précisément financé ! et par conséquent en ne respectant par les termes de l’accord franco-italien de 2015.» a conclu Michèle Bonneton.

De plus, au Sénat, lors de l’examen de la loi montagne, en toute dernière minute, le gouvernement a déposé un amendement, véritable cavalier législatif, déléguant à la société chargée de la réalisation et l’exploitation du Lyon-Turin le soin de procéder aux expropriations nécessaires au projet. C’est ainsi que sans étude préalable et sans que cette disposition n’ait été examiné en commission au Sénat et sans que l’Assemblée nationale n’est pu l’examinée, l’État s’est dessaisi de son pouvoir régalien d’expropriation pour un projet d’une telle envergure. Décidément dans ce dossier, la règle est de s’affranchir.

Depuis 2012, les parlementaires écologistes n’ont cessé de dénoncer la mise en œuvre de la liaison Lyon-Turin, à la fois inutile et d’un coût sans commune mesure avec le service attendu. Dans une situation financière difficile, les 20 à 26 milliards prévus seraient mieux utilisés pour les besoins de transports de tous les jours et pour le développement local.