Intervention de Danielle AUROI lors du débat sur les suites du référendum britannique et la préparation du Conseil européen

Danielle 290616 (1)

 

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M. le président. La parole est à Mme Danielle Auroi, présidente de la commission des affaires européennes.

Mme Danielle Auroi, présidente de la commission des affaires européennes. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, les résultats du référendum britannique constituent un tournant dans l’histoire de la construction européenne, d’autres l’ont dit. Nous devons respecter ce choix souverain des électeurs, marqué par un taux de participation de plus de 71 %.

Les modalités de sortie du Royaume-Uni comptent, bien sûr, et nous devons éviter un effet domino mais l’urgence est ailleurs. L’urgence, c’est la refondation du projet européen, la remise à plat des traités, la réappropriation démocratique du projet. Il faut recentrer ce projet sur son objectif initial, reconstruire avec les États membres volontaires une Europe de la solidarité, des libertés, de la paix et du partage de la prospérité, capable de porter nos valeurs dans le monde.

Nous devons réaffirmer notre attachement à la liberté de circulation, qui est une conquête extraordinaire. La jeunesse britannique, comme les générations Erasmus, a montré son attachement à cette liberté de circulation.

Cependant, le vote britannique n’est pas seulement un vote générationnel.

Pour moi, ce vote est avant tout un cri de colère des plus précaires, des plus démunis, des laissés-pour-compte de la mondialisation auquel nous devons répondre. Les gouvernements européens, et le moteur franco-allemand en premier lieu, doivent impérativement s’engager sur la voie d’une Union européenne sociale et plus démocratique s’ils veulent retrouver la confiance des peuples européens. Le pouvoir d’initiative du Parlement européen doit impérativement être renforcé pour doter les citoyens européens d’une représentation démocratique à la hauteur de leurs attentes. Nous pourrons alors réfléchir, avec nos partenaires, à la mise en place d’un salaire minimum européen et d’une assurance chômage européenne dans chaque État. Sans ce volet social, l’idéal européen disparaît dans ce qui n’est qu’un grand marché intérieur.

Si nous abandonnons l’ambition de construire une Europe politique et sociale pour faire face aux défis d’un monde globalisé, aux premiers rangs desquels les migrations et le changement climatique, le projet européen est voué à l’échec. Notre seule chance de sauver l’Europe, c’est de la mettre au service d’un projet politique conçu avec et pour les citoyens. Ce projet politique, la France a le devoir de le promouvoir.

La création d’une telle Europe est-elle réalisable ? Comme le sous-entend la déclaration des ministres des affaires étrangères des six États fondateurs de l’Union européenne, il est peut-être nécessaire d’accepter dorénavant une Europe différenciée organisée autour d’un noyau dur porteur d’une intégration renforcée.

Nous devons agir ensemble pour soutenir les industries européennes, construire l’Union européenne de l’énergie et du climat, lutter contre le dumping social et mener une véritable convergence fiscale et sortir du dogme de la concurrence libre et non faussée. Sur la plupart de ces sujets, la voix du Royaume-Uni a longtemps été un frein. Il faut saisir cette opportunité malheureuse pour enfin avancer.

Si nous voulons que l’Union européenne soit ambitieuse, il faut lui redonner les moyens de cette ambition. Relançons l’idée de l’établissement d’une taxe carbone aux frontières et d’une taxe sur les transactions financières ! Mettons en place une véritable capacité budgétaire européenne afin que les richesses soient réellement partagées ! Donnons à l’Union européenne les compétences nécessaires en matière d’immigration, en matière sociale et en matière fiscale !

Il nous faut également repenser l’Europe de la défense puisque la deuxième armée européenne s’apprête à quitter l’Union européenne.

Le référendum britannique doit surtout servir de leçon à toute la classe politique européenne. Voilà ce qui arrive lorsqu’on fait de l’Union européenne un bouc émissaire et qu’on veut unifier son parti sur le dos de Bruxelles ! David Cameron nous a tous pris en otage pour apaiser quelques dizaines de conservateurs de Westminster. Malheureusement, ce sont toujours les peuples qui paient pour les manipulations politiciennes ! Espérons que la Commission européenne aura compris le message et ne sanctionnera pas une Espagne et un Portugal exténués en leur imposant une amende ou une suspension temporaire des fonds structurels.

Le référendum britannique, ce n’est pas la défaite de l’Union européenne, c’est peut-être encore plus grave que cela : c’est surtout la victoire du nationalisme mortifère, de la peur de l’autre et du repli sur soi. Ce nationalisme gangrène petit à petit toute l’Europe et nous devons tous le combattre tous les jours par nos paroles et nos actes.

Je condamne ainsi fermement les attaques racistes qui se sont multipliées ces derniers jours au Royaume-Uni et visent particulièrement la communauté polonaise comme je condamne toute manifestation d’intolérance.

Une volonté politique partagée est nécessaire pour refonder l’Europe qui protège, celle qui combattra enfin l’augmentation des inégalités et prendra enfin la mesure de la crise écologique et de ses dangers ! J’achèverai mon propos par les mots prononcés par Jo Cox lors de son discours d’investiture, lui rendant ainsi un dernier hommage : « Nous sommes bien plus unis et avons bien plus en commun les uns avec les autres que de choses qui nous divisent ». C’est aussi en rappelant cet état de fait que nous devons refonder le projet européen ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.)

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